Le Frais Regard, les récentes notes de lecture de Pierre Perrin

Le Frais Regard de Pierre Perrin
– les plus récents articles critiques en ligne –

Gwenaële Robert, Le dernier bain
éd. Robert Laffont, 2018, 230 pages, 18 €

Le dernier bain

Ce deuxième volume, qui sera en librairie le 18 août, succède à Tu seras ma beauté ; il paraît aussi dans la collection “Les Passe-Murailles”, dirigée par Emmanuelle Dugain-Delacomptée. Fidélité à et de l’éditrice hautement justifiée. En couverture, une reproduction du tableau de Marat ; l’original, ne mesurant que 1,62 x 1,28 m, appartient tout de même à la peinture d’histoire. David l’a voulu ; et force thuriféraires de la Révolution continuent d’humaniser le monstre ; la délation instaurée en système lui permettait d’envoyer des dizaines de personnes chaque jour à la guillotine. Quant au roman, il est d’une rare force historique, politique, littéraire et sentimentale. La narration couvre sept… — Continuer la lecture


W. B. Yeats, Lettres sur la poésie
correspondance, La Coopérative, 2018, 336 pages, 22 €

Yeats

Dans un avant-propos d’une haute tenue, Philippe Giraudon met en perspective cette correspondance des quatre dernières années de Yeats. Le Prix Nobel de 1923 rencontre Dorothy Wellesley, en 1935. Il a soixante-dix ans ; elle, quarante-quatre. En pleine gloire, il est un Irlandais, noble d’esprit ; elle, une Anglaise, noble d’argent, c’est-à-dire fortunée. Ces lettres ont été rassemblées par l’amie et publiées l’année suivant la mort du poète, en 1940. Elles paraissent en français pour la première fois.
Dans son avant-propos, Philippe Giraudon hausse le regard, d’emblée, en précisant comment on peut être vieux, sans vieillir ; comment une assomption personnelle peut s’accomplir. Il note, accessoirement, que « le puritanisme n’est au fond qu’une des formes de la tendance humaine à l’oppression collective ». Le propre du séducteur est tout au contraire de valider l’appétit de la jeunesse. On se doit de remercier les deux éditeurs pour le supplément d’intelligence qu’ils apportent au texte, bien au-delà… — Continuer la lecture


George Orwell, 1984
retraduit de l’anglais par Josée Kamoun, Collection Du monde entier, Gallimard, 2018, 384 pages, 21 €

George Orwell« Guerre est paix. Liberté est Servitude. Ignorance est Puissance. » Telles sont les devises du régime totalitaire qu’Orwell a mises en scène dans son roman. Dès sa parution en 1949, malgré les résistances des communistes d’alors, outrés de voir ce qu’ils adoraient si cruellement stigmatisé, 1984 fut un succès. On notera que Wikipédia se borne à rappeler que l’Anglais méprisa Jean-Paul Sartre et qu’il a été “récupéré par la droite”, surtout en Amérique, selon la terminidéologie toujours en vigueur. Les jeunes gens d’aujourd’hui, pareils aux décérébrés du roman, n’en apprendront pas plus. C’est bien aussi pourquoi 1984 reste d’actualité. Il démonte un mécanisme à l’œuvre aujourd’hui encore, à travers la boboïsation des anglicismes parachutés dans la langue française. La traductrice n’y concourrait-elle pas un peu, en expliquant qu’elle a gardé à son tour, en anglais, et seule en Europe, le nom de “Big Brothers”. Elle se justifie en disant… — Continuer la lecture




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